Royal Fragrance

Mâle ou femelle ?

C’est une question qui revient très régulièrement lors de mes échanges avec de futurs adoptants. Je suis souvent confrontées à des idées reçues, c’est pourquoi j’ai tenu à « remettre » les choses à plat dans un petit article !

Existe il des différences de caractères entre le mâle et la femelle ?

Chez le whippet, il n’existe aucune différence de caractère liée au sexe. Vous avez surement lu quelque part que la femelle était plus lunatique, que le mâle était plus facile à gérer, plus doux, ou je ne sais quoi d’autre. Je n’ai jamais constaté de différence propre au sexe. En plus de 10 ans d’élevage, j’ai vu autant de femelles dominantes que de mâles dominants. Autant de mâles que de femelles soumis. Autant de mâles que de femelles calmes ou au contraire joueurs et actifs. Et ainsi de suite.

Ce n’est pas le sexe qui détermine le caractère du chien, mais son patrimoine génétique (sa personnalité) et son vécu. C’est pourquoi lorsque nos chiots grandissent, nous les observons attentivement pour pouvoir vous conseiller sur le caractère du chiot qui vous intéresse. Les traits de caractères commencent à se voir à 5/6 semaines, et deviennent de plus en plus précis lorsque le chiot grandit. C’est pourquoi, plus le chiot est âgé, plus nous pourrons être précis …

Pour autant, il m’est déjà arrivé d’avoir des adoptants avec des besoins très spécifiques. Par exemple, une famille dont un des enfants avait très peur des chiens car il avait été mordu lorsqu’il était petit, nous avait demandé un chiot au caractère très doux et calme, peu turbulent. Sur la portée de 5 chiots (2 femelles et 3 mâles) sur laquelle ils souhaitaient adopter, seul un petit mâle rentrait vraiment dans ces critères pour son côté calme et doux. C’est ce chiot que je leur ai conseillé, et ce fut un succès (ouf !) !

J’ai de nombreux exemples comme cela, où j’ai avant tout privilégié la personnalité du chiot, sans prêter attention à son sexe, pour conseiller au mieux les adoptants et je n’ai jamais été déçue de cette approche.

Le mâle s’entend-t-il bien avec les autres chiens ?

Le whippet est une race très sociable, les mâles cohabitent très facilement avec les autres mâles. Pour autant, au sein de la race, il existe des différences entre individus qui font que certains chiens seront un peu plus dominants et pourront donc s’entendre moins facilement avec les autres chiens. Mais j’ai connu autant de femelles dominantes (et ce sont souvent les pires !) que de mâles.

Les femelles dominantes commencent souvent à exprimer leur caractère lors de la maturité sexuelle … tout comme les mâles. Le fait de faire reproduire la femelle ou saillir le mâle renforce fortement le caractère dominant ! Et oui, même si beaucoup de personnes sont avertis qu’un mâle qui saillit deviendra souvent plus dominant, peu ont conscience qu’une femelle qui a une portée deviendra aussi plus dominante !

Si vous souhaitez donc un chien très sociable, le whippet est bien fait pour vous, car c’est globalement une race très sociable. Je vous conseillerai surtout de vous renseigner sur le caractère de la lignée qui vous intéresse. Il sera également important de ne pas faire reproduire votre chien, que ce soit un mâle ou une femelle. Mais là encore, ce n’est absolument pas le sexe du chien qui déterminera son côté sociable avec les autres chiens.

Ici, j’ai réalisé au fil des ans une séléction assez drastique sur le côté dominant pour des raisons pratiques : mes chiens sont seuls et tous ensembles lorsque je pars travailler donc il est inenvisageable pour moi de partir au travail en prenant le risque que mes chiens se battent en mon absence. J’ai donc séléctionné les caractères les plus doux possibles pour assurer une entente entre les chiens.

La stérilisation du mâle et de la femelle :

C’est souvent la question qui « fâche » ! S’il est couramment admis qu’une femelle doit être stérilisée, il n’en est pas de même pour les mâles !

Chez la femelle :

La stérilisation comporte à la fois des bénéfices et des inconvénients.

D’une part, la stérilisation réduit fortement le risque de tumeurs mammaires d’origine hormonale, et le risque d’avoir une portée accidentelle ! La stérilisation est aussi le seul moyen d’éviter le pyomètre, une pathologie grave survenant chez les chiennes âgées, pouvant entrainer la mort ou des séquelles (rénales notamment) irréversibles.

Mais il y a également beaucoup d’idées reçues sur la stérilisation. Beaucoup de propriétaires pensent que la stérilisation résoudra tout ou partie des problèmes de comportement qu’ils rencontrent avec leur chienne. La chienne deviendrait moins dominante, plus douce, moins fugueuse, etc etc. Et malheureusement, ce n’est pas le cas, la stérilisation peut même entrainer des troubles du comportement difficiles à rattraper si elle est réalisée dans la période sensible de la pubertée (entre 6 et 12 mois). La stérilisation peut aussi considérablement aggraver des problèmes d’anxiété pré existants et en ce sens un chien anxieux ne doit pas être stérilisé avant qu’une prise en charge de l’anxiété n’ait été réalisée.

Pour finir, la stérilisation peut aussi avoir un impact négatif sur la santé. Réalisée avant la fin de la croissance, elle augmente le risque de pathologie ostéo articulaire (rupture des ligaments croisés du genou, augmentation du risque de dysplasie des hanches et de luxation de rotule). Chez toutes les chiennes, il y a un risque de survenue d’incontinence urinaire (risque de 5% environ) qui perdurera à vie et nécéssitera un traitement médicamenteux à vie (relativement couteux). La stérilisation augmente aussi le risque d’apparition de certains cancers et de certaines maladies auto immunes, même si ces dernières maladies restent rares de manière générale.

Les femelles whippets sont également très sujettes à une condition que l’on appelle « vulve encapuchonnée » et qui correspond à une mauvaise conformation de la vulve qui favorise, en théorie, les vaginites (mais je n’ai personnellement jamais vu de chienne whippet souffrir de cela). Il est communément admis qu’une chienne atteinte de vulve encapuchonnée ne doit pas être stérilisée avant ses premières chaleurs, car la survenue des premières chaleurs modifiera la conformation de la vulve. Une fois les premières chaleurs passées, la chienne peut être stérilisée.

La stérilisation d’une chienne doit toujours se faire après discussion avec votre vétérinaire : il faut voir avec lui quels sont vos motivations pour la réaliser, et si la stérilisation bien indiquée dans ce cas. Par exemple, si vous souhaitez stériliser votre chienne parce qu’elle fugue, il faut d’avoir s’assurer qu’elle ne fugue pas pour d’autres raisons (parce qu’elle s’ennuie, parce qu’elle cherche à fuir quelque chose qui lui fait peur, parce qu’elle est chasseuse et aime partir en sortie chasse toute seule etc). Il faut garder à l’esprit que, concernant les raisons comportementales, la stérilisation apportera rarement la solution !

La stérilisation d’une chienne coûte entre 300 et 400 euros, si l’on considère une fourchette large.

Chez le mâle :

Une réaction typiquement masculine lorsque l’on évoque la castration du chien est « ho non, je ne peux pas lui faire ça, le pauvre …. et puis ça fait mal ! ». Parce qu’à votre avis la stérilisation de la femelle est totalement indolore ?!

La castration du chien est une opération beaucoup plus rapide et moins invasive que la stérilisation d’une femelle. C’est aussi, il faut l’avouer, moins douloureux pour le chien, même si le vétérinaire mettra tout en oeuvre pour gérer la douleur post opératoire que ce soit pour un mâle ou une femelle.

Les idées reçues sont tenaces : messieurs, sachez que le mâle n’a pas besoin de saillir pour se sentir bien ! Ces idées correspondent simplement à de l’anthropomorphisme « mal placé ».

Il est conseillé de stériliser le chien mâle pour éviter qu’il ne développe des problèmes prostatiques en vieillissant. Chez le chien, les prostatites sont assez fréquentes et peuvent aller de la simple inflammation (inconfort voire douleur au niveau de la prostate et troubles urinaires) jusqu’à l’infection voire l’abcès prostatique. Dans certain cas, la douleur est telle qu’elle entraîne un état de choc et une hospitalisation. L’infection peut dégénérer en septicémie. Elle peut aussi se délocaliser jusqu’aux disques vertébraux et entraîner une discospondylite qui est une infection des disques vertébraux pouvant conduire à une paralysie.

S’il existe des traitements médicamenteux pour les troubles prostatiques, le seul vrai traitement, qui est aussi le traitement le plus efficace, est la stérilisation. La stérilisation sera en général le premier traitement proposé par le vétérinaire et si le propriétaire refuse, souvent à cause d’un anthropomorphisme « mal placé », d’autres traitements moins efficaces seront envisagés.

Il n’y a donc pas de comparaison possible entre l’Homme et le chien concernant le fait de rester « entier ». La stérilisation du mâle permet de le protéger contre des pathologies graves et très douloureuses.

Pour autant, la stérilisation ne doit pas être réalisée trop tôt, pour les même raisons que pour la femelle : risque d’aggravation de problèmes de comportement si réalisée au moment de la puberté (de 6 à 12 mois) et risques d’aggravation ou de développement de pathologies ostéo articulaires si réalisée avant 1 an. De la même façon que pour la femelle, il existe un risque de développement d’incontinence urinaire post castration, mais qui est beaucoup plus difficile à prendre en charge chez le mâle que chez la femelle (pour autant, le risque est plus faible chez le mâle que chez la femelle).

Encore une fois, la stérilisation n’est pas le remède à tous les maux ! La stérilisation empêche rarement le mâle de lever la patte, car ce comportement correspond principalement à du marquage de territoire … mais sachez qu’une femelle peut tout autant lever la patte qu’un mâle !!! J’ai eu plusieurs fois des appels déconcertés de clients me disant avoir pris une femelle parce qu’ils ne voulaient pas d’un chien qui lève la patte : je leur répond toujours que c’est une mauvaise raison pour prendre une femelle ! Le marquage de territoire dans la maison est extrêmement rare chez le whippet, pour ne pas dire inexistant, et relève à mon sens d’un problème comportemental plus large (qui doit donc être pris en charge par un comportementaliste). En revanche, tous les chiens, mâle ou femelle, peuvent faire des jets d’urine verticaux en extérieur pour marquer leur territoire. La castration ne supprime que l’envie de faire des jets d’urine au niveau des odeurs de femelles en chaleurs : les mâles entiers par exemple, font systématiquement chercher à déposer des gouttes d’urine au niveau des taches de sang que les femelles déposent sur le sol, ou au niveau des endroits où les femelles ont dormi ou uriné, et ce comportement disparait avec la stérilisation.

De la même façon, la stérilisation n’empêche généralement pas les aggressions chez les mâles sauf si elles sont vraiment liées à une concurrence pour les femelles. Mais il faut savoir qu’une des premières causes d’aggression chez le chien est la peur : le chien panique face au chien en face de lui, et préfère agresser avant de se faire lui même agresser. Et dans ce cas précis, la stérilisation aura tendance à aggraver le problème en augmentant l’anxiété du chien (on supprime la testostérone qui est l’hormone du courage).

Et enfin, la stérilisation ne résoud pas forcément la problématique des fugues, puisque les fugues sont plus souvent dues à de l’ennui, à l’envie de se défouler ou de chasser qu’à la volonté de rejoindre une femelle en chaleurs à proximité.

La stérilisation du mâle coûte un peu moins de 200 euros en général.

Faut il faire reproduire son chien ?

C’est une vieille idée reçue, encore véhiculée par certains vétérinaires malheureusement. Et pourtant, la reproduction d’un chien peut avoir de multiples conséquences dont peu de particuliers ont conscience !

Que le chien soit un mâle ou une femelle, la reproduction changera son caractère. C’est, à mes yeux, une chose importante à considérer pour un chien de compagnie. Mâle ou femelle pourront devenir plus dominants voire franchement bagarreurs s’ils reproduisent. En effet, cela les positionne en tant que « chef de meute » et si le chien avait déjà une personnalité un peu dominante, la reproduction accentuera beaucoup ce trait de caractère. Il est donc important de se demander, avant de se lancer dans la reproduction, si l’on est prêt à assumer le fait que les interactions avec les autres chiens deviendront peut être beaucoup plus difficiles.

Chez le mâle :

Lorsqu’un mâle saillit pour la première fois, tout un nouveau monde s’offre à lui ! Il comprends enfin ce que signifie l’odeur d’une femelle en chaleurs. Certains mâles deviendront vraiment insupportables s’ils sentent une femelle en chaleurs dans les environs. Ils seront déjà très agités, et ça c’est vrai pour 99% des mâles qui deviennent très nerveux. Le mâle pourra se mettre à « lever la patte » (uriner) dans la maison. Il pourra japper voire hurler plus ou moins toute la journée, ou du moins lorsqu’il sait que la femelle n’est pas très loin (si c’est la femelle de votre voisin, cela peut vite devenir très très embêtant !).  Beaucoup de mâles maigrissent durant les chaleurs des femelles parce qu’ils sont tellement frustrés de ne pas pouvoir saillir qu’ils en arrêtent de manger. Certains mâles deviennent aussi destructeurs (ils s’attaquent à la porte les séparant de la femelle par exemple).

En tant qu’éleveuse, j’accepte et je tolère ces comportements, aussi agaçants soient ils, parce que le cela fait partie de mon métier et que mes box me permettent de limiter beaucoup ces comportements inappropriés. Mais avoir un mâle dans cet état dans un appartement est, à mon sens, impensable !

Chez la femelle :

Chez la femelle, les considérations sont autres. Il faut déjà avoir conscience que toute mise bas peut se solder par la mort de la femelle et/ou des chiots. La mort d’une femelle reproductrice lors de la mise bas arrive au moins une fois dans la carrière d’un éleveur. Cela nous est arrivé avec une de nos femelles persans, malgré le fait que je sois vétérinaire et très attentionnée vis à vis de mes animaux. Malgré toute notre attention et notre bonne volonté, il y a des situations que nous ne pouvons pas maîtriser. Etes vous déjà prêts à accepter ce risque ? Si cela vous arrive, comment réagirez vous ?

En dehors de la problématique du changement de comportement chez la femelle, l’autre problématique, à mon sens, est l’élevage de la portée et le placement des chiots. Une portée de chiots est calme jusqu’à l’âge de 5/6 semaines environs. Ensuite, les chiots font leurs besoins partout s’ils n’ont pas accès en permanence à l’extérieur (via une trappe dans le mur par exemple). Et dès 6/7 semaines, les chiots jappent dès qu’ils sont remis dans le parc pour en ressortir. Avoir une portée de chiots dans le salon peut parfois être … très bruyant ! Sans compter la problématique du placement : selon la saison, selon votre habilité à faire des photos, renseigner les clients, passer des annonces etc … le placement se fera plus ou moins facilement. Il n’est pas rare de voir des particuliers avec des chiots de 5 ou 6 mois non placés. Là encore, on ne s’improvise pas éleveur, c’est un métier 🙂  !

Élever c’est sélectionner !

Pour moi, il reste aussi une considération qui me tient à cœur. A mes yeux, élever c’est sélectionner, ce n’est pas juste mettre un mâle et une femelle ensemble et gagatiser devant des bébés. Le fait de reproduire un chien sans prendre du recul sur ses qualités et défauts, sans chercher à faire un mariage qui donnera des chiots sains, peut nuire fortement à la race. Il faut penser aux personnes qui vous adopteront un chiot, et qui se retrouveront peut être avec un chiot très mal construit (avec des problèmes de dos car dos bossu par exemple), avec un mauvais caractère (peureux) car le mariage aura fait ressortir des gènes à éviter etc …. Les éleveurs connaissent leurs lignées, ils ont du recul sur les pedigree. même si la reproduction n’est pas une science exacte, ils savent que certains mariages seront catastrophiques car les ancêtres des 2 prétendants présentaient les mêmes défauts qui auront de grande chance de ressortir. Tout cela, même avec la meilleure volonté du monde, vous ne pourrez pas en être informés.

Avec la nouvelle réglementation en rigueur, vous avez le droit de réaliser une seule portée de chiens LOF par an, au delà vous devrez créer une entreprise (SIRET) et passer un certificat de capacité pour élever. Avec cette même réglementation, il est désormais interdit aux particuliers de vendre des chiots non LOF (vous pouvez les donner, mais pas les vendre).

Est ce que le fait de saillir ou faire une portée comble un besoin chez un chien ?

NON !!!! Et j’insiste là dessus. Une chienne n’a pas besoin de reproduire pour être bien, car elle n’a pas conscience qu’elle pourrait avoir des bébés. Lorsqu’une chienne voit un chiot qui n’est pas le sien, si elle n’a jamais eu de bébé, elle n’éprouvera aucun sentiment maternel envers lui. Certaines chiennes qui n’ont pas reproduits peuvent même se montrer brutales voire agressives avec des chiots trop turbulents. Donc une chienne ne sera pas triste si elle n’a jamais eu de chiots : c’est un sentiment proprement humain de « regretter de ne pas avoir eu d’enfant », les chiens n’ont pas la construction mentale leur permettant d’éprouver les même sentiments.

Concernant le mâle, encore une fois, il ne faut pas faire de l’anthropomorphisme. Un mâle castré ne ressentira aucune frustration car il n’aura jamais éprouvé aucun besoin sexuel. Par contre, pour moi, il est cruel de garder un mâle entier à proximité de femelles régulièrement en chaleurs, sans jamais l’autoriser à saillir. C’est une frustration immense pour lui, il est préférable de le castrer pour sa tranquillité d’esprit et son bien être ! Donc si vous voulez éviter à vous et votre mâle tous les désagréments d’une frustration sexuelle liée à la proximité d’une femelle en chaleurs, mieux vaut le castrer tôt et profiter de sa qualité de chien de compagnie !